donc il ne pouvait pas le vendre
mercredi 12 mai 2010
donc il ne pouvait pas le vendre
dimanche 9 mai 2010
Questions que se pose un ouvrier qui lit
Qui a construit Thèbes aux sept portes ?
Dans les livres, on donne les noms des Rois.
Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?
Babylone, plusieurs fois détruite,
Qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons
De Lima la dorée logèrent les ouvriers du bâtiment ?
Quand la Muraille de Chine fut terminée,
Où allèrent ce soir-là les maçons ? Rome la grande
Est pleine d’arcs de triomphe. Qui les érigea ? De qui
Les Césars ont-ils triomphé ? Byzance la tant chantée.
N’avait-elle que des palais
Pour les habitants ? Même en la légendaire Atlantide
Hurlant dans cette nuit où la mer l’engloutit,
Ceux qui se noyaient voulaient leurs esclaves.
Le jeune Alexandre conquit les Indes.
Tout seul ?
César vainquit les Gaulois.
N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ?
Quand sa flotte fut coulée, Philippe d’Espagne
Pleura. Personne d’autre ne pleurait ?
Frédéric II gagna la Guerre de sept ans.
Qui, à part lui, était gagnant ?
A chaque page une victoire.
Qui cuisinait les festins ?
Tous les dix ans un grand homme.
Les frais, qui les payait ?
Autant de questions.
vendredi 23 avril 2010
Commune présence
Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources
Hâte-toi
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir
Celle qui t’es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci
Hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière
Si tu rencontres la mort durant ton labeur
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
En t’inclinant
Si tu veux rire
Offre ta soumission
Jamais tes armes
Tu as été créé pour des moments peu communs
Modifie-toi disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption
Sans égarement
Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.
René Char
in Le Marteau sans maître (1934-1935)
jeudi 8 avril 2010
tu voulais tant la voir cette vieille bastide
érigée en haut de nos vignes
et entourée de garrigue
voilà, tu en as fait le tour !
dès ton arrivée, le long du sentier
les herbes sauvages
se sont courbées
en guise de révérence.
t'en souvient-il ?
dans l'ancienne cheminée
tu as aimé l'odeur des souches
telle fut notre table de fortune
Sur l'aire,
adossé contre ce grand pin
qui nous gratifiait de son ombre,
tu t'es assoupi quelques instants
blotti entre deux racines
qui buvaient tes souffles
depuis ce jour
cet arbre est tien
car ici "les pins gardent mémoire"
(anonyme)
mercredi 7 avril 2010
ESPOIR
Mais nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir.
Espoir de libération et d'indépendance.
Espoir d'une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes.
Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l'école.
Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire.
Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang.
Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d'amour et de paix.
Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir.
Mahmoud DARWICH
mardi 6 avril 2010
ALMERIA
Un plat pour l'évêque, un plat trituré et amer,
un plat avec des débris de fer,
avec des cendres, avec des larmes,
un plat submergé,
avec des sanglots et des murs écroulés,
un plat pour l'évêque,
un plat de sang d'Almeria.
Un plat pour le banquier,
un plat de joues
d'enfants du Sud heureux,
un plat dee détonations, d'eaux en folie, de ruines, de terreur,
un plat d'essieux brisés, de têtes piétinées,
un plat noir, un plat de sang d'Almeria.
Chaque matin, chaque matin trouble de votre vie
vous l'aurez fumant et brûlant sur votre table :
vous l'écarterez un peu de vos mains délicates
afin de ne pas le voir, afin de n'avoir pas à le digérer tant de fois :
vous l'écarterez un peu entre le pain et les raisins,
ce plat de sang silencieux
qui sera là chaque matin, chaque matin.
Un plat pour le colonel et l'épouse du colonel,
à une fête de la garnison, à chaque fête,
sur les serments et les crachats,
avec la lumière du vin de l'aube
afin que vous l'aperceviez tremblant et froid sur le monde.
Oui, un plat pour vous tous, riches d'ici et de là-bas,
ambassadeurs, ministres, commensaux atroces,
dames au fauteuil et au thé confortables :
un plat déchiqueté, débordant, sale de sang pauvre,
pour chaque matin, pour chaque semaine, pour toujours
et à jamais
un plat de sang d'Almeria,
devant vous,
pour toujours.
Pablo Neruda
dimanche 28 mars 2010
Solide au milieu de la tempête,
je m'imagine allant de par le monde
comme si avec moi cheminait
une troupe de bras invincibles.
Avec leurs ailes sombres passeront
par centaines d'autres nuits glacées
sans qu'elles puissent tuer l'aurore
de ce jour où finira l'injustice.
Frères et soeurs de ce combat :
votre solidarité se multiplie
comme feuilles du printemps.
C'est vous qui nous donnerez la victoire!
Vous serez avec nous
lors du grand jour de notre retour.
Antonio Guerrero Rodríguez