mercredi 16 juin 2010
Les hommes dansent
sur leurs dépouilles
les déserts avancent
et la terre se rouille
les hommes plombent
leurs rêves d'enfance
ils creusent leurs tombes
avec impatience
MAIS LES AMOUREUX SAUVENT LE MONDE
Malgré tout
malgré la haine surtout
MAIS LES GENS HEUREUX SAUVENT LE MONDE
malgré les fous
et malgré nous surtout
les hommes se gourent
quand ils pérorent
ils parlent d'amour
et sèment la mort
les hommes rient
des dinosaures
mais tout ce qui brille
n'est pas de l'or
MAIS LES AMOUREUX SAUVENT LE MONDE
Malgré tout
malgré la haine surtout
MAIS LES GENS HEUREUX SAUVENT LE MONDE
malgré les fous
et malgré nous surtout
ils se multiplient
et puis se divisent
dans un jeu de quille
sur fond de crise
les hommes pleurent
d'amour de peine
larmes et sueurs
sur fond de haine
MAIS LES AMOUREUX SAUVENT LE MONDE
Malgré tout
malgré la haine surtout
MAIS LES GENS HEUREUX SAUVENT LE MONDE
malgré les fous
et malgré nous surtout
Vivre pour mon âme
Du fond de son silence
Vivre pour une femme
Du fond de son absence
Vivre pour beaucoup
Ou vivre pour si peu
Vivre pour rien du tout
Et se croire heureux
Vivre dans le délire
à mourir de gloire
Ou finir en martyr
De la bêtise et du hasard
Vivre en guenilles
Ou vivre en rupin
Fonder une famille
Se prendre pour un malin
Vivre pour un idéal
Ou vivre à la dérive
Entre le bien et le mal
Jusqu'à ce que mort s'ensuive
Vivre pour tout seul
Ou vivre pour dix mille
Devant son linceul
C'est la trouille imbécile
Vivre tout enjoué
Ou triste à en mourir
Se prendre pour le dernier
De toutes les aventures
Vivre sans connaître
La goutte de l'hiver
Ni écrire des lettres
Aux bureaux de la misère
Vivre et mourir candide
Vite dans sa jeunesse
Sans avoir une ride
Ni rien de la bassesse
Vivre pour tout
Pour pas grand chose
Et finir dans un trou
Couvert de roses
Vivre pour une cause
Ou pour la potence
C'est toi qui propose
Et tu paies d'avance.
Tunisie
mercredi 12 mai 2010
donc il ne pouvait pas le vendre
dimanche 9 mai 2010
Questions que se pose un ouvrier qui lit
Qui a construit Thèbes aux sept portes ?
Dans les livres, on donne les noms des Rois.
Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?
Babylone, plusieurs fois détruite,
Qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons
De Lima la dorée logèrent les ouvriers du bâtiment ?
Quand la Muraille de Chine fut terminée,
Où allèrent ce soir-là les maçons ? Rome la grande
Est pleine d’arcs de triomphe. Qui les érigea ? De qui
Les Césars ont-ils triomphé ? Byzance la tant chantée.
N’avait-elle que des palais
Pour les habitants ? Même en la légendaire Atlantide
Hurlant dans cette nuit où la mer l’engloutit,
Ceux qui se noyaient voulaient leurs esclaves.
Le jeune Alexandre conquit les Indes.
Tout seul ?
César vainquit les Gaulois.
N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ?
Quand sa flotte fut coulée, Philippe d’Espagne
Pleura. Personne d’autre ne pleurait ?
Frédéric II gagna la Guerre de sept ans.
Qui, à part lui, était gagnant ?
A chaque page une victoire.
Qui cuisinait les festins ?
Tous les dix ans un grand homme.
Les frais, qui les payait ?
Autant de questions.
vendredi 23 avril 2010
Commune présence
Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources
Hâte-toi
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir
Celle qui t’es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci
Hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière
Si tu rencontres la mort durant ton labeur
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
En t’inclinant
Si tu veux rire
Offre ta soumission
Jamais tes armes
Tu as été créé pour des moments peu communs
Modifie-toi disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption
Sans égarement
Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.
René Char
in Le Marteau sans maître (1934-1935)
jeudi 8 avril 2010
tu voulais tant la voir cette vieille bastide
érigée en haut de nos vignes
et entourée de garrigue
voilà, tu en as fait le tour !
dès ton arrivée, le long du sentier
les herbes sauvages
se sont courbées
en guise de révérence.
t'en souvient-il ?
dans l'ancienne cheminée
tu as aimé l'odeur des souches
telle fut notre table de fortune
Sur l'aire,
adossé contre ce grand pin
qui nous gratifiait de son ombre,
tu t'es assoupi quelques instants
blotti entre deux racines
qui buvaient tes souffles
depuis ce jour
cet arbre est tien
car ici "les pins gardent mémoire"
(anonyme)
mercredi 7 avril 2010
ESPOIR
Mais nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir.
Espoir de libération et d'indépendance.
Espoir d'une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes.
Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l'école.
Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire.
Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang.
Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d'amour et de paix.
Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir.
Mahmoud DARWICH