jeudi 19 juillet 2012

État de siège
 
 

Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps

Près des jardins aux ombres brisées,

Nous faisons ce que font les prisonniers,

Ce que font les chômeurs : Nous cultivons l'espoir.

***

Un pays qui s'apprête à l'aube.

Nous devenons moins intelligents car nous épions l'heure de la victoire :

Pas de nuit dans notre nuit illuminée par le pilonnage.

Nos ennemis veillent et nos ennemis allument pour nous la lumière  dans l'obscurité des caves.

***

Ici, nul " moi ".

Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.

***

Au bord de la mort, il dit :

Il ne me reste plus de trace à perdre.

Libre je suis tout près de ma liberté.

Mon futur est dans ma main.

Bientôt je pénètrerai ma vie, je naîtrai libre, sans parents,et je choisirai pour mon nom des lettres d'azur.

***

Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez, buvez avec nous le café arabe.

Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous.

Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons, sortez de nos matins,

Nous serons rassurés d'être des hommes comme vous !

***

Quand disparaissent les avions, s'envolent les colombes blanches blanches,

elles lavent la joue du ciel avec des ailes libres,

elles reprennent l'éclat et la possession de l'éther et du jeu.

Plus haut, plus haut s'envolent les colombes, blanches blanches.

Ah si le ciel était réel [m'a dit un homme passant entre deux bombes]

***

Les cyprès, derrière les soldats, des minarets protégeant le ciel de l'affaissement.

Derrière la haie de fer, des soldats pissent - sous la garde d'un char -

Et le jour automnal achève sa promenade d'or dans une rue aste telle une église après la messe dominicale.

***

[A un tueur]

Si tu avais contemplé le visage de la victime et réfléchi,

tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre à gaz,

tu te serais libéré de la raison du fusil

Et tu aurais changé d'avis :

ce n'est pas ainsi qu'on retrouve une identité.

***

Le siège est attente

Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête.

***

Seuls, nous sommes seuls jusqu'à la lie,

s'il n'y avait les visites des arcs-en-ciel.

***

Nous avons des frères derrière cette étendue.

Des frères bons. Ils nous aiment. Ils nous regardent et
pleurent.

Puis ils se disent en secret :

" Ah ! si ce siège était déclaré. " Ils ne terminent pas leur phrase :

" Ne nous laissez pas seuls, ne nous laissez pas. "

***

Nos pertes : entre deux et huit martyrs chaque jour.

Et dix blessés.

Et vingt maisons.

Et cinquante oliviers.

S'y ajoute la faille structurelle qui atteindra le poème, la pièce de théâtre et la toile inachevée.

***

Une femme a dit au nuage :

couvre mon bien-aimé, car mes vêtements sont trempés de son sang.

***

Si tu n'es pluie, mon amour

Sois arbre rassasié de fertilité,

sois arbre

Si tu n'es arbre mon amour

Sois pierre saturée d'humidité,

sois pierre

Si tu n'es pierre mon amour

Sois lune dans le songe de l'aimée,

sois lune

[Ainsi parla une femme à son fils lors de son enterrement]

***

Ô veilleurs ! N'êtes-vous pas lassés de guetter la lumière dans notre sel, et de l'incandescence de la rose dans notre blessure

N'êtes-vous pas lassés Ô veilleurs ?

***

Un peu de cet infini absolu bleu suffirait

à alléger le fardeau de ce temps-ci

Et à nettoyer la fange de ce lieu

***

A l'âme de descendre de sa monture et de marcher sur ses pieds de soie à mes côtés, main dans la main, tels deux amis de longue date, qui se partagent le pain ancien et le verre de vin antique

Que nous traversions ensemble cette route

Ensuite nos jours emprunteront des directions différentes :

Moi, au-delà de la nature, quant à elle,

elle choisira de s'accroupir sur un rocher élevé.

***

Sur mes décombres pousse verte l'ombre, et le loup somnole sur la peau de ma chèvre.

Il rêve comme moi, comme l'ange
que la vie est ici. non là-bas.

***

Dans l'état de siège, le temps devient espace pétrifié dans son éternité

Dans l'état de siège, l'espace devient temps qui a manqué son hier et son lendemain.

***

Le martyr m'encercle chaque fois que je vis un nouveau jour et m'interroge :

Où étais-tu ?

Ramène aux dictionnaires toutes les paroles que tu m'as offertes

et soulage les dormeurs du bourdonnement de l'écho.

***

Le martyr m'éclaire :

je n'ai pas cherché au-delà de l'étendue les vierges de l'immortalité

car j'aime la vie sur terre,

parmi les pins et les figuiers,

mais je ne peux y accéder,

aussi y ai-je visé avec l'ultime chose qui m'appartienne :

le sang dans le corps de l'azur.

***

Le martyr m'avertit :

Ne crois pas leurs youyous

Crois mon père quand il observe ma photo en pleurant

Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils, et m'as-tu précédé
?

Moi d'abord, moi le premier !

***

Le martyr m'encercle :

je n'ai changé que ma place et mes meubles frustes.

J'ai posé une gazelle sur mon lit,

et un croissant lunaire sur mon doigt,

pour apaiser ma peine.

***

Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit

Pas, en toute liberté !

***

Résister signifie :

s'assurer de la santé du cour et des testicules, et de ton mal tenace :

Le mal de l'espoir.

***

Et dans ce qui reste de l'aube, je marche vers mon extérieur

Et dans ce qui reste de la nuit, j'entends le bruit des pas en mon intérieur.

***

Salut à qui partage avec moi l'attention à l'ivresse de la lumière,

la lumière du papillon, dans la noirceur de ce tunnel.

***

Salut à qui partage avec moi mon verre dans l'épaisseur d'une nuit débordant les deux places :

Salut à mon spectre.

***

Pour moi, mes amis apprêtent toujours une fête d'adieu,

une sépulture apaisante à l'ombre de chênes

une épitaphe en marbre du temps

et toujours je les devance lors des funérailles :

Qui est mort. qui ?

***

L'écriture, un chiot qui mord le néant

L'écriture blesse sans trace de sang.

***

Nos tasses de café.

Les oiseaux les arbres verts

A l'ombre bleue, le soleil gambade d'un mur à l'autre telle une gazelle

L'eau dans les nuages à la forme illimitée

dans ce qu'il nous reste du ciel.

Et d'autres choses aux souvenirs suspendus

Révèlent que ce matin est puissant, splendide,

Et que nous sommes les invités de l'éternité.

Mahmoud Darwich

samedi 7 juillet 2012

Ghassan Kanafani (07/07/1972)

Pense à autrui

LES TROIS TAMIS
 Un jour, quelqu'un vint voir Socrate et dit:
"- Écoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.
- Arrête! interrompit l'homme sage.
As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis?
- Trois tamis, dit l'autre, rempli d'étonnement?
- Oui, mon bon ami: trois tamis!
Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis:
Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me
dire est VRAI?
- Non, je l'ai entendu raconter et...
- Bien, bien. Mais assurément, tu l'as fait passer à travers le deuxième
tamis. C'est celui de la bonté. Est-ce que ce que tu veux me raconter, si ce n'est
pas tout à fait vrai, est au moins quelques chose de BON?
- Hésitant, l'autre répondit: non, ce n'est pas quelque chose de bon, au contraire...
- Hum! dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis et voyons
s'il est UTILE de me raconter ce que tu as envie de me dire...
- Utile? pas précisément.
- Eh bien! dit Socrate, en souriant, si ce que tu as à me dire, n'est ni
VRAI, ni BON, ni UTILE, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te
conseille de l'oublier! "

jeudi 17 février 2011

La volonté de vivre

Lorsqu'un jour le peuple veut vivre,
Force est pour le Destin, de répondre,
Force est pour les ténèbres de se dissiper,
...Force est pour les chaînes de se briser.
Avec fracas, le vent souffle dans les ravins,
au sommet des montagnes et sous les arbres
disant :

"Lorsque je tends vers un but,
je me fais porter par l’espoir
et oublie toute prudence ;
Je n’évite pas les chemins escarpés
et n’appréhende pas la chute
dans un feu brûlant.
Qui n’aime pas gravir la montagne,
vivra éternellement au fond des vallées".

Je sens bouillonner dans mon cœur
Le sang de la jeunesse
Des vents nouveaux se lèvent en moi
Je me mets à écouter leur chant
A écouter le tonnerre qui gronde
La pluie qui tombe et la symphonie des vents.

Et lorsque je demande à la Terre :

"Mère, détestes-tu les hommes ?"

Elle me répond :

"Je bénis les ambitieux
et ceux qui aiment affronter les dangers.
Je maudis ceux qui ne s’adaptent pas
aux aléas du temps et se contentent de mener
une vie morne, comme les pierres.
Le monde est vivant.
Il aime la vie et méprise les morts,
aussi fameux qu’ils soient.
Le ciel ne garde pas, en son sein,
Les oiseaux morts
et les abeilles ne butinent pas
les fleurs fanées.
N’eût été ma tendresse maternelle,
les tombeaux n’auraient pas gardé leurs morts".

Par une nuit d’automne,
Lourde de chagrin et d’inquiétude,
Grisé par l’éclat des étoiles,
Je saoule la tristesse de mes chants,
Je demande à l’obscurité :

"La vie rend-elle à celui qu’elle fane
le printemps de son âge ? "

La nuit reste silencieuse.
Les nymphes de l’aube taisent leur chant.
Mais la forêt me répond d'une voix
aussi douce que les vibrations d'une corde :

" Vienne l'hiver, l'hiver de la brume,
l'hiver des neiges, l'hiver des pluies.
S'éteint l'enchantement,
Enchantement des branches
des fleurs, des fruits,
Enchantement du ciel serein et doux,
Enchantement exquis des prairies parfumées.
Les branches tombent avec leurs feuilles,
tombent aussi les fleurs de la belle saison.
Tout disparaît comme un rêve merveilleux
qui brille, un instant, dans une âme,
puis s'évanouit.
Mais restent les graines.
Elles conservent en elles le trésor
d'une belle vie disparue..."

La vie se fait
Et se défait
Puis recommence.
Le rêve des semences émerge de la nuit,
Enveloppé de la lueur obscure de l'aurore,
Elles demandent :

"Où est la brume matinale ?
Où est le soir magique ?
Où est le clair de lune ?
Où sont les rayons de la lune et la vie ?
Où est la vie à laquelle j'aspire ?
J'ai désiré la lumière au-dessus des branches.
J'ai désiré l'ombre sous les arbres"

Il dit aux semences :

"La vie vous est donnée.
Et vous vivrez éternellement
par la descendance qui vous survivra.
La lumière pourra vous bénir,
accueillez la fertilité de la vie.
Celui qui dans ses rêves adore la lumière,
la lumière le bénira là où il va."
En un moment pas plus long
qu'un battement d'ailes,
Leur désir s'accroît et triomphe.
Elles soulèvent la terre qui pèse sur elles
Et une belle végétation surgit pour contempler la beauté de la création.

La lumière est dans mon cœur et mon âme,
Pourquoi aurais-je peur de marcher dans l'obscurité ?
Je voudrais ne jamais être venu en ce monde
Et n'avoir jamais nagé parmi les étoiles.
Je voudrais que l'aube n'ait jamais embrassé mes rêves
Et que la lumière n'ait jamais caressé mes yeux.
Je voudrais n'avoir jamais cessé d'être ce que j'étais,
Une lumière libre répandue sur toute l'existence.

Abou El Kacem Chebbi (أبو القاسم الشابي ),
in Les chants de la vie (Aghani Al Hayat), .
Traduction de S. Masliah.

"Poème écrit à Tabarka le 16 septembre 1933, le poète était alors malade et en convalescence dans le nord de la Tunisie." (N. Arfaoui)

mercredi 16 février 2011


HORS LOGE DU TEMPS

« le combat est fini faute de combattants »

...Le temps menace d’exploser
Son porte-parole dit : « Tic ! Tac ! »
Hélas ! Il n’y a guère moyen de faire
A la guerre comme à la guerre :
Lui répondre du tac au tac.

Tahar Hamadache
20 mars 2001

jeudi 3 février 2011

JE TE LE DIS


Les instants de la journée

Coulent sans s’arrêter

Comme des âmes en peine

Devant l’absurdité

Ce qu’il faut de douleur

Pour briser les chaînes

Ce qu’il faut de fureur

Pour saisir le bonheur

Ce qu’il faut de larmes

Pour grandir les enfants

Pour briser les armes

Et les bras des tyrans

Veux-tu que je te dise

L’injustice me dégoûte

C’est comme une balise

Tout au long de ma route

Les damnés de la vie

Meurent abandonnés

Etouffés par la nuit

Des tueurs patentés

Ce qu’il faut de mort

Pour faire crier

Ce qu’il faut d’aurore

Pour rêver la liberté

Ce qu’il faut d’amour

Pour oublier la laideur

Ce qu’il faut de jours

Pour le sommeil d’une heure

Veux-tu que je te dise

L’injustice me dégoûte

C’est comme une balise

Tout au long de ma route

Le cœur des gens

Est un grand désert

Où souffle le vent

Du froid solitaire

Ce qu’il faut de sang

Pour brouiller les vues

Ce qu’il faut de chants

Pour déranger la rue

Ce qu’il faut de mépris

Pour faire rêver

Ce qu’il faut de gris

Pour un ciel dégagé

Veux-tu que je te dise

L’injustice me dégoûte

C’est comme une balise

Tout au long de ma route

CHABBI .M


mardi 26 octobre 2010

Chez moi,

Il y'a ceux qui s'en vont

Il y'a ceux qui restent

Ceux qui vont de l'avant

Et ceux qui retournent leurs vestes

Il y'a ceux qui manipulent

Et ceux de la révérence

Ceux qui limités reculent

Et ceux qui par vérité avancent

Chez moi,

A la dimension humaine

C'est toujours l'amour

Celui qui dégaine

Sans aucun détour

Il y'a les oppresseurs

Sanguinaires enfants de choeur

de la chorale des douleurs

Et puis il y'a les opprimés

Dans les plis de la pitié

La cohorte aveugle des damnés

givrés de l'extase de la peur

Chez moi,

Il y'a les mots qui tuent

Les sourires qui blessent

La terreur sur la rues

Et la trouille aux fesses

Qui chiale ses horreurs

Qui crie ses bassesses

aux festin du déshonneur

Chez moi,

Il y'a le soleil

Il y'a la pluie

Et la tendresse qui veille

Sur mains désunis

Il y'a des artéres

Et des faubourgs

coulés dans la chair

des exilés au long cours

Et toutes nos dimensions

sur les ailes rognées de la passion

Chez moi,

Il y'a des pauvres des malheureux

des morts des vivants

Des brisés des joyeux

Des morts-vivant des agonisants

Il y 'a la marée de la rage

qui tourne dans sa transhumance

La genèse des visage

Prend des allures de l'errance

Chez moi,

il y' a la médisance

Qui fait la nique aux ragots

Et la haine qui danse

A fleur de peau

Il y"a des soumis qui crèvent

Et des révoltés aussi

Des enfants qui rêvent

De défoncer la nuit

Il y'a des vies qui saignent

Au gré des habitudes

Et des cons qui règnent

Par l'éloge du vide

Il y'a des métronomes

Sous les bottes derrière les lances

Qui font marcher les Hommes

A leur propre cadence

Chez moi,

Il y"a des berlue qui font les 400 coups

Et des anges déchus

Qui creusent des trous

Des trous pour en finir

Des trous pour disparaitre

Pour une raison de mourir

Dans l'illusion du paraitre

Des postures conditionnées

Aux normes établies

De ces modes aseptisées

Par des règles à calculer

Chez moi,

Il y' a la tendresse qui coule

L'orgasme qui s'ennuie à mourir

La folie qui se défoule

Aux bastions des délires

Et il y'a des lueurs si pures

Qu'on dirait la mer à boire

Qui prêterait à sourire

Sans la boulimie du dérisoire

Il y' a des requins chineurs

Qui polluent l'espace

A diffuser la peur

Au tempo du temps qui passe

Il y' a des réducteurs de têtes

Et des coupeurs de joints

La blanche aussi est à la fête

Chez les maquereaux et leurs putains

Chez moi,

Il y' a des douleurs profondes

Et des rumeurs insolentes

Qui font tourner notre monde

Et bannir nos prières innocentes

il y' a de sublimes mochetés

Qui sont la sève du désir

Et des artificielles beautés

Collées aux devantures

De la loi du marché

Il coule de leurs yeux

Les larmes de la beauté

Elles donnent la fièvre

Sans jamais calculer

Il y 'a des candides

Et des putes vierges

Des amours torrides

De chez les mille verges

Chez moi,

Il y' a des braves gens

Et les gens de bravoure

Ceux qui tuent le temps

A brasser du vent

Et ceux qui attendent leur tour

Ceux qui vivent debout

Dedans l'immonde

Et ceux qui vivent à genoux

Dans la connerie féconde

CHABBI MAHREZ

mercredi 16 juin 2010

LES HOMMES

Les hommes dansent
sur leurs dépouilles
les déserts avancent
et la terre se rouille
les hommes plombent
leurs rêves d'enfance
ils creusent leurs tombes
avec impatience
MAIS LES AMOUREUX SAUVENT LE MONDE
Malgré tout
malgré la haine surtout
MAIS LES GENS HEUREUX SAUVENT LE MONDE
malgré les fous
et malgré nous surtout

les hommes se gourent
quand ils pérorent
ils parlent d'amour
et sèment la mort
les hommes rient
des dinosaures
mais tout ce qui brille
n'est pas de l'or

MAIS LES AMOUREUX SAUVENT LE MONDE
Malgré tout
malgré la haine surtout
MAIS LES GENS HEUREUX SAUVENT LE MONDE
malgré les fous
et malgré nous surtout

ils se multiplient
et puis se divisent
dans un jeu de quille
sur fond de crise
les hommes pleurent
d'amour de peine
larmes et sueurs
sur fond de haine

MAIS LES AMOUREUX SAUVENT LE MONDE
Malgré tout
malgré la haine surtout
MAIS LES GENS HEUREUX SAUVENT LE MONDE
malgré les fous
et malgré nous surtout
VIVRE VIVRE ET LAISSER VIVRE


Vivre pour mon âme
Du fond de son silence
Vivre pour une femme
Du fond de son absence
Vivre pour beaucoup
Ou vivre pour si peu
Vivre pour rien du tout
Et se croire heureux
Vivre dans le délire
à mourir de gloire
Ou finir en martyr
De la bêtise et du hasard
Vivre en guenilles
Ou vivre en rupin
Fonder une famille
Se prendre pour un malin
Vivre pour un idéal
Ou vivre à la dérive
Entre le bien et le mal
Jusqu'à ce que mort s'ensuive
Vivre pour tout seul
Ou vivre pour dix mille
Devant son linceul
C'est la trouille imbécile
Vivre tout enjoué
Ou triste à en mourir
Se prendre pour le dernier
De toutes les aventures
Vivre sans connaître
La goutte de l'hiver
Ni écrire des lettres
Aux bureaux de la misère
Vivre et mourir candide
Vite dans sa jeunesse
Sans avoir une ride
Ni rien de la bassesse
Vivre pour tout
Pour pas grand chose
Et finir dans un trou
Couvert de roses
Vivre pour une cause
Ou pour la potence
C'est toi qui propose
Et tu paies d'avance.

CHABBI MAHREZ
Tunisie

mercredi 12 mai 2010

la photo et la plus  éloquente et la plus symbolique. Une Icone  !!
la photo est la plus éloquente et la plus symbolique. Une Icône !!

Il s'agit d'une terre
et de rien d'autre !!
Appelez ça la terre promise
appelez ça la terre volée
appelez ça Eretz Israël
appelez ça Palestine
appelez ça la terre de Canaan
appelez ça la terre occupée
dites que c'est à vous !!
ce n’est qu’une Terre
Israël en a besoin pour son expansion
et les Palestiniens en ont besoin
pour leur survie et leur existence
Dieu l'a-t-il donnée à Golda Meier ??
Moïse l'a-t-il envahie avec des esclaves égyptiens ??
Richard Coeur de Lion l'a-t-il offerte au pape ??
tout ça pour un morceau de Terre
Salah el Ddin (Saladin) l'a-t-il libérée
Herzl l'a-t-il volée
Jésus l'a-t-il bénie
tout ça est une affaire de Terre !!
c'est une restitution après l'holocauste
c'est une restitution après les croisades
c'est une restitution après la défaite de Napoléon à Saint-Jean-d'Acre
Foutaises, il ne s'agit que d’une Terre ??
Le général Allenby l'a-t-il également libérée ??
Al Khalifa Omar l'a-t-il gagnée ??
Jésus y a-t-il rencontré Mohamed ??
ce n'est qu'un morceau de terre
mais sans aucune Paix
Les sionistes en ont-ils besoin
le judaïsme peut-il survivre sans elle
Dieu l'a-t-il donnée à certains…..
et refusée à d'autres
Non Monsieur !! ce n'est qu'un morceau de terre
qui va de la mer de Tibériade à la mer Rouge
en passant par la mer Morte
et retenu à l'est
par la mer Méditerranée.
Rottchild l'a-t-il acheté ??
Balfour l'a-t-il vendu ??
Le sultan d'Istanbul l'a-t-il abandonné ??
Non Monsieur !!!
Balfour n'en était pas propriétaire,
donc il ne pouvait pas le vendre
etRottchild n'a même pas été reçu
par le sultan qui en était propriétaire
Non Monsieur …. Ce n'est qu'un morceau de terre
les païens sont un jour devenus juifs
les juifs sont plus tard devenus chrétiens
et où
les chrétiens sont devenus musulmans
Ils ont tous bu l'eau du Jourdain
et ils ont tous craint le même Dieu puissant,
jusqu'au jour où les sionistes sont arrivés…
Les sionistes qui n'avaient peur de personne
nous ont apporté :
la mort et la destruction
le colonialisme et l'apartheid
l'exil et la déportation
et bien sûr, ils ont pris la terre
La même Terre dont je parle
celle qu'on appelle la Terre sainte
ou la Terre promise
Terre de Canaan
ou simplement et sans prétention
ou normalement et historiquement
La Palestine
Elle n'a rien de mystique
rien de miraculeux ni de divin
les blancs l'ont fait en Afrique du Sud,
en Amérique du Nord et du Sud
et même à Hawaï….
alors pourquoi pas en Palestine !!
Ce n'est qu'un morceau de Terre comme tous les autres
et celui qui a le plus grand fusil peut le garder !!
Oubliez les Nations unies et le droit international
oubliez les droits de l'homme, les droits nationaux et même l’histoire
Ne vous souciez pas de religions…..
Faites en sorte de vous procurer et de garder
les plus grands fusils
C'est une affaire de terre
et celui qui a les plus grands fusils
peut la garder !!

Raja Ibrahim Khalil Ibrahim el Chemayel

dimanche 9 mai 2010

Questions que se pose un ouvrier qui lit


Qui a construit Thèbes aux sept portes ?
Dans les livres, on donne les noms des Rois.
Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ?
Babylone, plusieurs fois détruite,
Qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons
De Lima la dorée logèrent les ouvriers du bâtiment ?
Quand la Muraille de Chine fut terminée,
Où allèrent ce soir-là les maçons ? Rome la grande
Est pleine d’arcs de triomphe. Qui les érigea ? De qui
Les Césars ont-ils triomphé ? Byzance la tant chantée.
N’avait-elle que des palais
Pour les habitants ? Même en la légendaire Atlantide
Hurlant dans cette nuit où la mer l’engloutit,
Ceux qui se noyaient voulaient leurs esclaves.

Le jeune Alexandre conquit les Indes.
Tout seul ?
César vainquit les Gaulois.
N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ?

Quand sa flotte fut coulée, Philippe d’Espagne
Pleura. Personne d’autre ne pleurait ?
Frédéric II gagna la Guerre de sept ans.
Qui, à part lui, était gagnant ?

A chaque page une victoire.
Qui cuisinait les festins ?
Tous les dix ans un grand homme.
Les frais, qui les payait ?

Autant de récits,
Autant de questions.

Bertold BRECHT

vendredi 23 avril 2010

Commune présence

Commune présence

Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources
Hâte-toi
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir
Celle qui t’es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci
Hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière
Si tu rencontres la mort durant ton labeur
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
En t’inclinant
Si tu veux rire
Offre ta soumission
Jamais tes armes
Tu as été créé pour des moments peu communs
Modifie-toi disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption
Sans égarement

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

René Char
in Le Marteau sans maître (1934-1935)

jeudi 8 avril 2010

La masure.

tu voulais tant la voir cette vieille bastide
érigée en haut de nos vignes
et entourée de garrigue
voilà, tu en as fait le tour !

dès ton arrivée, le long du sentier
les herbes sauvages
se sont courbées
timidement
sur ton passage
en guise de révérence.

t'en souvient-il ?
le feu de bois crépitait
dans l'ancienne cheminée
tu as aimé l'odeur des souches
une planche posée sur deux pierres
telle fut notre table de fortune

Sur l'aire,
adossé contre ce grand pin
qui nous gratifiait de son ombre,
tu t'es assoupi quelques instants
blotti entre deux racines
qui buvaient tes souffles

depuis ce jour
cet arbre est tien
car ici "les pins gardent mémoire"

(anonyme)

mercredi 7 avril 2010

ESPOIR

ESPOIR

Mais nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'espoir.

Espoir de libération et d'indépendance.

Espoir d'une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes.

Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l'école.

Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire.

Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang.

Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d'amour et de paix.

Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir.


Mahmoud DARWICH

mardi 6 avril 2010

ALMERIA

Un plat pour l'évêque, un plat trituré et amer,

un plat avec des débris de fer,

avec des cendres, avec des larmes,

un plat submergé,

avec des sanglots et des murs écroulés,

un plat pour l'évêque,

un plat de sang d'Almeria.


Un plat pour le banquier,

un plat de joues

d'enfants du Sud heureux,

un plat dee détonations, d'eaux en folie, de ruines, de terreur,

un plat d'essieux brisés, de têtes piétinées,

un plat noir, un plat de sang d'Almeria.

Chaque matin, chaque matin trouble de votre vie

vous l'aurez fumant et brûlant sur votre table :

vous l'écarterez un peu de vos mains délicates

afin de ne pas le voir, afin de n'avoir pas à le digérer tant de fois :

vous l'écarterez un peu entre le pain et les raisins,

ce plat de sang silencieux

qui sera là chaque matin, chaque matin.

Un plat pour le colonel et l'épouse du colonel,

à une fête de la garnison, à chaque fête,

sur les serments et les crachats,

avec la lumière du vin de l'aube

afin que vous l'aperceviez tremblant et froid sur le monde.

Oui, un plat pour vous tous, riches d'ici et de là-bas,

ambassadeurs, ministres, commensaux atroces,

dames au fauteuil et au thé confortables :

un plat déchiqueté, débordant, sale de sang pauvre,

pour chaque matin, pour chaque semaine, pour toujours

et à jamais

un plat de sang d'Almeria,

devant vous,

pour toujours.


Pablo Neruda

( Résidence sur la terre)

dimanche 28 mars 2010

Solide au milieu de la tempête,
je m'imagine allant de par le monde
comme si avec moi cheminait
une troupe de bras invincibles.
Avec leurs ailes sombres passeront
par centaines d'autres nuits glacées
sans qu'elles puissent tuer l'aurore
de ce jour où finira l'injustice.
Frères et soeurs de ce combat :
votre solidarité se multiplie
comme feuilles du printemps.
C'est vous qui nous donnerez la victoire!
Vous serez avec nous
lors du grand jour de notre retour.

Antonio Guerrero Rodríguez

mercredi 24 mars 2010

Les chiens et la « Gazalle »

(Une fable)

A toutes les mères de Gaza.

Dans la jungle d’Opressianistan

Une meute de chiens enragés

Encercle la Gazalle essoufflée

Epuisée, blessée et délaissée

Partout ça sent le sang

Ca sent la Mort

Ca sent l’Hypocrisie

Et la Trahison

La pauvre Bête saigne

Mais…………………………………………………………………………… résiste encore

Sa peau est déchiquetée

Son œil est crevé

Sa patte est cassée

Ses cornes fracassées

Ca y est !!!

Se disent les vilains chiens

Elle va bientôt

.

.
.

.

Tomber

S’étend…………….doucement

Et

.

.
.

.

Succomber.

Mais……………La Bête entêtée

……………………………………………………………………………Se lève soudain

Et se fraie ……………………………………………………………………..un chemin

Au milieu des chiens époustouflés

Exténués et affamées.

Ils ne peuvent plus……………………………………………………. continuer

Et leurs forces ………………………………………………….se sont évaporées

Ils regardent désespérés

La Gazalle …………………….se lever

Marcher………………………………………..

……………………………………………………Et s’évader

Non loin……… de là

Près…. du lac la Haine

Des aigles, des lycaons et des hyènes

Assistent au spectacle

……………………………………………………………………………………….En silence

En charognards passifs…………………sans honneur………………….sans conscience

Ils savent bien

Pourtant

Que même mille chiens

Même mille lions

Ne vainquent jamais une seule Gazalle

Car la Gazalle est immortelle

Elle vit d’Amour

De Beauté

Et de Lumière

………………………

Sur son doux museau

Le Temps a dessiné

………………………………………………………………….Un petit arc-en-ciel

Avec toutes les couleurs de la LIBERTE


Moez Lahmédi
- Msaken, Tunisie

mardi 23 février 2010

la plus drôle des créatures

La plus drôle des créatures

Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau
Dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
Tu es comme la moule
Enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
Comme la bouche d’un volcan éteint.
Et tu n’es pas un, hélas,
Tu n’es pas cinq,
Tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
Quand le bourreau habillé de ta peau
Quand le bourreau lève son bâton
Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
Et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
Qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur terre
C’est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous somme écorchés jusqu’au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.


Nazim Hikmet

tu vas mourir, vieille Maria

Tu vas mourir, vieille María

Tu vas mourir, vieille María,

Je veux te parler sérieusement :

ta vie fut un rosaire entier d'agonies,

elle n'eut ni homme aimé, ni santé, ni argent,

juste la faim à partager;

je veux parler de ton espérance, des trois espérances distinctes

qu'a fabriquées ta fille sans savoir comment .

Prends cette main d'homme qui paraît être celle d'un enfant

dans les tiennes usées par le savon jaune.

Frotte tes cals durs et les noeuds purs de tes doigts

à la honteuse douceur de mes mains de médecin .

Écoute, grand-mère prolétaire :

crois en l'homme qui vient,

crois dans l'avenir que jamais tu ne verras .

N'implore pas clémence à la mort

afin de voir tes caresses brunes grandir;

les cieux sont sourds et en toi commande l'obscur;

surtout tu auras une rouge vengeance,

je le jure a l'exacte mesure de mes idéaux

tes petits-enfants vivront tous l'aurore .

Meurs en paix, vielle combattante.

Tu va mourir, vielle María,

trente ébauches de linceul

te diront adieu d'un regard,

le jour proche de ton départ.

Tu vas mourir, vieille Marìa,

les murs de la salle resteront muets

même si la mort se conjugue avec l'asthme

et copule amoureusement avec lui dans la gorge.

Ces trois caresses faites de bronze

(la seule lumière qui soulage ta nuit),

ces trois petits-enfants drapés de faim,

regretteront les noeuds des vieux doigts

où toujours ils trouvèrent quelque sourire.

Ce sera tout, vieille María.

Ta vie fut un rosaire de maigres agonies,

elle n'eut ni homme aimé, ni santé, ni joie,

juste la faim à partager,

ta vie fut triste, vieille María.

Lorsque l'annonce de l'éternel repos

trouble la douleur de tes pupilles,

lorsque tes mains de perpétuelle souillon

absorberont la dernière innocente caresse,

pense à eux . . . et pleure,

pauvre vieille María.

Non, ne le fais pas !

n'implore pas clémence à la mort,

ta vie horriblement habillée de faim,

s'achève habillée d'asthme.

Mais je veux t'annoncer,

avec une voix basse et virile, les espérances,

la plus rouge et virile des vengeances

je veux le jurer à l'exacte

mesure de mes idéaux.

Prends cette main d'homme qui paraît être celle d'un enfant

dans les tiennes usées par le savon jaune,

frotte tes cals durs et les noeuds purs de tes doigts

à la honteuse douceur de mes mains de médecin .

Repose en paix, vieille María,

repose en paix, vieille combattante,

tes petits-enfants vivront tous l'aurore,

Je le jure !

Che Guevara, 1967