samedi 7 juillet 2012
LES TROIS TAMIS
Un jour, quelqu'un vint voir Socrate et dit:
"- Écoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.
- Arrête! interrompit l'homme sage.
As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis?
- Trois tamis, dit l'autre, rempli d'étonnement?
- Oui, mon bon ami: trois tamis!
Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis:
Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me
dire est VRAI?
- Non, je l'ai entendu raconter et...
- Bien, bien. Mais assurément, tu l'as fait passer à travers le deuxième
tamis. C'est celui de la bonté. Est-ce que ce que tu veux me raconter, si ce n'est
pas tout à fait vrai, est au moins quelques chose de BON?
- Hésitant, l'autre répondit: non, ce n'est pas quelque chose de bon, au contraire...
- Hum! dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis et voyons
s'il est UTILE de me raconter ce que tu as envie de me dire...
- Utile? pas précisément.
- Eh bien! dit Socrate, en souriant, si ce que tu as à me dire, n'est ni
VRAI, ni BON, ni UTILE, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te
conseille de l'oublier! "
jeudi 17 février 2011
Lorsqu'un jour le peuple veut vivre,
Force est pour le Destin, de répondre,
Force est pour les ténèbres de se dissiper,
...Force est pour les chaînes de se briser.
Avec fracas, le vent souffle dans les ravins,
au sommet des montagnes et sous les arbres
disant :
"Lorsque je tends vers un but,
je me fais porter par l’espoir
et oublie toute prudence ;
Je n’évite pas les chemins escarpés
et n’appréhende pas la chute
dans un feu brûlant.
Qui n’aime pas gravir la montagne,
vivra éternellement au fond des vallées".
Je sens bouillonner dans mon cœur
Le sang de la jeunesse
Des vents nouveaux se lèvent en moi
Je me mets à écouter leur chant
A écouter le tonnerre qui gronde
La pluie qui tombe et la symphonie des vents.
Et lorsque je demande à la Terre :
"Mère, détestes-tu les hommes ?"
Elle me répond :
"Je bénis les ambitieux
et ceux qui aiment affronter les dangers.
Je maudis ceux qui ne s’adaptent pas
aux aléas du temps et se contentent de mener
une vie morne, comme les pierres.
Le monde est vivant.
Il aime la vie et méprise les morts,
aussi fameux qu’ils soient.
Le ciel ne garde pas, en son sein,
Les oiseaux morts
et les abeilles ne butinent pas
les fleurs fanées.
N’eût été ma tendresse maternelle,
les tombeaux n’auraient pas gardé leurs morts".
Par une nuit d’automne,
Lourde de chagrin et d’inquiétude,
Grisé par l’éclat des étoiles,
Je saoule la tristesse de mes chants,
Je demande à l’obscurité :
"La vie rend-elle à celui qu’elle fane
le printemps de son âge ? "
La nuit reste silencieuse.
Les nymphes de l’aube taisent leur chant.
Mais la forêt me répond d'une voix
aussi douce que les vibrations d'une corde :
" Vienne l'hiver, l'hiver de la brume,
l'hiver des neiges, l'hiver des pluies.
S'éteint l'enchantement,
Enchantement des branches
des fleurs, des fruits,
Enchantement du ciel serein et doux,
Enchantement exquis des prairies parfumées.
Les branches tombent avec leurs feuilles,
tombent aussi les fleurs de la belle saison.
Tout disparaît comme un rêve merveilleux
qui brille, un instant, dans une âme,
puis s'évanouit.
Mais restent les graines.
Elles conservent en elles le trésor
d'une belle vie disparue..."
La vie se fait
Et se défait
Puis recommence.
Le rêve des semences émerge de la nuit,
Enveloppé de la lueur obscure de l'aurore,
Elles demandent :
"Où est la brume matinale ?
Où est le soir magique ?
Où est le clair de lune ?
Où sont les rayons de la lune et la vie ?
Où est la vie à laquelle j'aspire ?
J'ai désiré la lumière au-dessus des branches.
J'ai désiré l'ombre sous les arbres"
Il dit aux semences :
"La vie vous est donnée.
Et vous vivrez éternellement
par la descendance qui vous survivra.
La lumière pourra vous bénir,
accueillez la fertilité de la vie.
Celui qui dans ses rêves adore la lumière,
la lumière le bénira là où il va."
En un moment pas plus long
qu'un battement d'ailes,
Leur désir s'accroît et triomphe.
Elles soulèvent la terre qui pèse sur elles
Et une belle végétation surgit pour contempler la beauté de la création.
La lumière est dans mon cœur et mon âme,
Pourquoi aurais-je peur de marcher dans l'obscurité ?
Je voudrais ne jamais être venu en ce monde
Et n'avoir jamais nagé parmi les étoiles.
Je voudrais que l'aube n'ait jamais embrassé mes rêves
Et que la lumière n'ait jamais caressé mes yeux.
Je voudrais n'avoir jamais cessé d'être ce que j'étais,
Une lumière libre répandue sur toute l'existence.
in Les chants de la vie (Aghani Al Hayat), .
Traduction de S. Masliah.
"Poème écrit à Tabarka le 16 septembre 1933, le poète était alors malade et en convalescence dans le nord de la Tunisie." (N. Arfaoui)
mercredi 16 février 2011
jeudi 3 février 2011
JE TE LE DIS
Les instants de la journée
Coulent sans s’arrêter
Comme des âmes en peine
Devant l’absurdité
Ce qu’il faut de douleur
Pour briser les chaînes
Ce qu’il faut de fureur
Pour saisir le bonheur
Ce qu’il faut de larmes
Pour grandir les enfants
Pour briser les armes
Et les bras des tyrans
Veux-tu que je te dise
L’injustice me dégoûte
C’est comme une balise
Tout au long de ma route
Les damnés de la vie
Meurent abandonnés
Etouffés par la nuit
Des tueurs patentés
Ce qu’il faut de mort
Pour faire crier
Ce qu’il faut d’aurore
Pour rêver la liberté
Ce qu’il faut d’amour
Pour oublier la laideur
Ce qu’il faut de jours
Pour le sommeil d’une heure
Veux-tu que je te dise
L’injustice me dégoûte
C’est comme une balise
Tout au long de ma route
Le cœur des gens
Est un grand désert
Où souffle le vent
Du froid solitaire
Ce qu’il faut de sang
Pour brouiller les vues
Ce qu’il faut de chants
Pour déranger la rue
Ce qu’il faut de mépris
Pour faire rêver
Ce qu’il faut de gris
Pour un ciel dégagé
Veux-tu que je te dise
L’injustice me dégoûte
C’est comme une balise
Tout au long de ma route
CHABBI .M
mardi 26 octobre 2010
Chez moi,
Il y'a ceux qui s'en vont
Il y'a ceux qui restent
Ceux qui vont de l'avant
Et ceux qui retournent leurs vestes
Il y'a ceux qui manipulent
Et ceux de la révérence
Ceux qui limités reculent
Et ceux qui par vérité avancent
Chez moi,
A la dimension humaine
C'est toujours l'amour
Celui qui dégaine
Sans aucun détour
Il y'a les oppresseurs
Sanguinaires enfants de choeur
de la chorale des douleurs
Et puis il y'a les opprimés
Dans les plis de la pitié
La cohorte aveugle des damnés
givrés de l'extase de la peur
Chez moi,
Il y'a les mots qui tuent
Les sourires qui blessent
La terreur sur la rues
Et la trouille aux fesses
Qui chiale ses horreurs
Qui crie ses bassesses
aux festin du déshonneur
Chez moi,
Il y'a le soleil
Il y'a la pluie
Et la tendresse qui veille
Sur mains désunis
Il y'a des artéres
Et des faubourgs
coulés dans la chair
des exilés au long cours
Et toutes nos dimensions
sur les ailes rognées de la passion
Chez moi,
Il y'a des pauvres des malheureux
des morts des vivants
Des brisés des joyeux
Des morts-vivant des agonisants
Il y 'a la marée de la rage
qui tourne dans sa transhumance
La genèse des visage
Prend des allures de l'errance
Chez moi,
il y' a la médisance
Qui fait la nique aux ragots
Et la haine qui danse
A fleur de peau
Il y"a des soumis qui crèvent
Et des révoltés aussi
Des enfants qui rêvent
De défoncer la nuit
Il y'a des vies qui saignent
Au gré des habitudes
Et des cons qui règnent
Par l'éloge du vide
Il y'a des métronomes
Sous les bottes derrière les lances
Qui font marcher les Hommes
A leur propre cadence
Chez moi,
Il y"a des berlue qui font les 400 coups
Et des anges déchus
Qui creusent des trous
Des trous pour en finir
Des trous pour disparaitre
Pour une raison de mourir
Dans l'illusion du paraitre
Des postures conditionnées
Aux normes établies
De ces modes aseptisées
Par des règles à calculer
Chez moi,
Il y' a la tendresse qui coule
L'orgasme qui s'ennuie à mourir
La folie qui se défoule
Aux bastions des délires
Et il y'a des lueurs si pures
Qu'on dirait la mer à boire
Qui prêterait à sourire
Sans la boulimie du dérisoire
Il y' a des requins chineurs
Qui polluent l'espace
A diffuser la peur
Au tempo du temps qui passe
Il y' a des réducteurs de têtes
Et des coupeurs de joints
La blanche aussi est à la fête
Chez les maquereaux et leurs putains
Chez moi,
Il y' a des douleurs profondes
Et des rumeurs insolentes
Qui font tourner notre monde
Et bannir nos prières innocentes
il y' a de sublimes mochetés
Qui sont la sève du désir
Et des artificielles beautés
Collées aux devantures
De la loi du marché
Il coule de leurs yeux
Les larmes de la beauté
Elles donnent la fièvre
Sans jamais calculer
Il y 'a des candides
Et des putes vierges
Des amours torrides
De chez les mille verges
Chez moi,
Il y' a des braves gens
Et les gens de bravoure
Ceux qui tuent le temps
A brasser du vent
Et ceux qui attendent leur tour
Ceux qui vivent debout
Dedans l'immonde
Et ceux qui vivent à genoux
Dans la connerie féconde
CHABBI MAHREZ
